Macroéconomie de l’épargne (essai)
Pour le grand public, l’épargne se présente sous diverses formes de placements pouvant aller du compte d’épargne au bien immobilier, en passant par les obligations, les bons, les fonds communs de placement, les actions, l’assurance vie, les métaux précieux, les bijoux, les œuvres d’art, les meubles rares, etc.
Pour les professionnels qui en font métier : les banques, les établissements financiers, les compagnies d’assurances, les courtiers, et autres, l’épargne monétaire des ménages ou des entreprises représente des fonds à collecter dans le but d’en tirer un profit, c’est-à-dire un différentiel d’intérêt.
Ainsi donc, le public et les professionnels n’ont aucune raison particulière de s’intéresser aux effets macroéconomiques de l’épargne qui sont pourtant d’une importance vitale pour l’économie d’un pays.
A l’heure actuelle, si l’on cherche à connaître la place qu’occupe l’épargne en économie, il faut s’en remettre, comme le font les économistes, les banquiers centraux et nos dirigeants politiques, aux théories et définitions qui ont acquis droit de cité, à savoir :
- la théorie de l’égalité de l’épargne et de l’investissement, qui laisse supposer que l’épargne sert à financer l’investissement, c’est pourquoi elle est encouragée, et
- la définition comptable de l’épargne nationale prélevée sur les revenus (principalement des ménages), définition nettement influencée par la théorie sus-dite.
La théorie de l’égalité de l’épargne et de l’investissement
Rappelons que cette égalité est fondée sur des données de comptabilité nationale ; elle s'écrit comme suit :
C + I = X
C + S = Y
X = Y
I = S
Sachant d'une part que X représente le produit national, Y le revenu national et C la consommation, et convenant d'autre part que le produit national et le revenu national sont identiques, il s'ensuit que l'investissement I est égal à l'épargne S.
Primo, cette équation exclut la notion de temps.
Pourtant, poussée au-delà des données statiques sur lesquelles elle repose, l'étude de cette expression montre que cette égalité entre l'épargne et l'investissement n’a plus d’équivalence si l'on introduit la notion de période.
La raison en est simple : on ne peut épargner que ce que l’on a gagné. L’épargne provient donc nécessairement du revenu de la période antérieure ; comme il en est d’ailleurs de la consommation, on ne peut consommer qu’en payant avec ce que l’on a gagné dans l’hypothèse où le crédit n’existerait pas ; hypothèse retenue dans l’expression mathématique, ce qui prouve déjà son insuffisance.
Secundo, en procédant par compensation cette équation masque des éléments déterminants dans le financement de l’économie nationale, que l’on ne peut ramener au seul financement de l’investissement, même si celui-ci occupe une place importante.
Telle qu’elle est définie ici, l’épargne prélevée sur le revenu, recouvre nécessairement :
- l’épargne non employée à la consommation,
- la désépargne utilisée à la consommation, prélevée sur une épargne constituée antérieurement,
- l’épargne forcée, c’est-à-dire celle qui est destinée au remboursement des emprunts antérieurs, sachant en outre que cette épargne donne lieu à destruction monétaire si l’emprunt a été accordé par une banque.
On vient à peine d’effleurer la complexité des opérations de financement de l’économie que le lecteur aura tout loisir d’examiner à l’exposé macroéconomique.
L'épargne est un des plus puissants facteurs monétaires de ralentissement de l'activité de production, tandis qu'au contraire l'investissement (plus précisément le crédit) est un des plus puissants facteurs d'accélération. La dynamique du processus économique s'explique en partie par la dualité existant entre ces deux grandeurs qui sont interdépendantes.
L’expression mathématique est à la fois trop simple et insuffisante pour en déduire que l’épargne finance l’investissement.
Elle exclut la notion de temps. Elle fait l’impasse sur toute autre source de financement, notamment et surtout l’émission monétaire qui finance indéniablement une part de l’investissement.
Enfin, elle confond par compensation l’épargne prélevée sur le revenu et la désépargne, tandis qu’elle ignore totalement l’épargne forcée.
La définition (comptable) de l’épargne
A notre connaissance, il n’existe pas (en France, et probablement ailleurs) d’autre définition chiffrée de l’épargne que celle qu’en donne la Comptabilité Nationale. La Banque de France pour sa part, dans ses publications mensuelles, nous communique des données chiffrées sur les placements d’épargne et autres, mais ne nous donne aucune information sur l’épargne monétaire proprement dite.
Voici donc la définition que donne la Comptabilité Nationale de l’épargne :
L’épargne (comptabilité nationale)
Solde du compte d'utilisation du revenu disponible ou du compte d'utilisation du revenu disponible ajusté. Pour les ménages, celui-ci est égal au revenu disponible diminué de la dépense de consommation, ou au revenu disponible ajusté diminué de la consommation finale effective. L'épargne peut être calculée nette, si l'on retranche la consommation de capital fixe.
L’épargne des ménages
La part du revenu disponible (ou du revenu disponible ajusté) des ménages qui n'est pas utilisée en dépense de consommation finale (ou en consommation finale effective) constitue leur épargne. La différence entre revenu disponible et revenu disponible ajusté, qui correspond aux transferts sociaux en nature, est aussi celle qui sépare la dépense de consommation finale de la consommation finale effective. Il n'y a donc qu'une seule notion d'épargne.
Ces définitions ésotériques ne sont compréhensibles que par un très petit nombre d’initiés.
Il convient de noter que depuis une dizaine d’années environ (milieu des années 90), une nouvelle définition est apparue, celle d’épargne brute (avant la consommation de capital fixe, c’est-à-dire avant amortissements) ; nette (après amortissements).
La Comptabilité Nationale traite sur le même plan l’investissement des ménages et celui des entreprises, et par voie de conséquence leurs amortissements, alors qu’une différence de portée économique fondamentale les sépare. L’amortissement des biens détenus par les entreprises correspond à l’amortissement de l’outil de production. Il représente une fraction conséquente de leur revenu (cash-flow), et sert au renouvellement de l’outil. Il s’inscrit donc dans la dynamique économique. Alors que l’amortissement des biens détenus par les ménages, qui sont des biens de consommation à long terme (principalement le logement) n’a qu’un intérêt purement statistique.
L’épargne telle qu’elle est définie par la Comptabilité Nationale correspond à l’épargne (ou revenu disponible non utilisé) de tous les agents économiques avant investissement (sous toutes ses formes, y compris le logement). Cette définition n’a donc pas échappé à l’influence de la théorie sus-dite, puisqu’elle est donnée avant investissement, laissant ainsi entendre que l’épargne sert à le financer, ce qui est totalement faux.
C’est qu’en effet, en procédant par compensation, la Comptabilité Nationale passe sous silence deux facteurs qui sont essentiels au financement de l’économie :
- d’abord et surtout, les crédits bancaires à l’économie, soit le crédit accordé aux ménages (consommation et logement), le crédit accordé aux entreprises (fonds de roulement et investissement), et le crédit accordé à l’étranger,
- ensuite, comme il a été dit au-dessus, la désépargne qui réduit nécessairement l’épargne (prélevée sur les revenus) et qu’elle compense sans en rendre compte,
- enfin, l’épargne forcée représentant les remboursements d’emprunts antérieurs, qui donnent lieu à destruction monétaire s’il s’agit d’emprunts bancaires.
ce qui constitue une étonnante carence de la mesure.
Alors, pourquoi un tel défaut de la mesure ?
Il est fort vraisemblable que la puissance publique refuse de montrer, puisqu’elle ne veut pas le mesurer, que le recours au crédit, source d’inflation d’après la théorie, a une place prépondérante dans l’économie. Il est beaucoup plus confortable de s’en tenir à la théorie de l’égalité de l’épargne et de l’investissement qui masque une réalité dérangeante pour les institutions.
Il est tout de même surprenant de constater que le financement de l’économie, car financement il y a, ne fasse l’objet d’aucune recherche connue.
Tous les travaux développés dans ce site convergent vers une même conclusion : tout ce qui concerne la monnaie est volontairement dissimulé sous un manteau tellement épais qu’il ressemble fort à une « chape de plomb ».
La monnaie est un sujet tabou.
En ce qui nous concerne, la définition que nous donnons de l’épargne, notamment des ménages, diffère de la définition officielle. Elle est égale au revenu des ménages sous déduction de leur consommation, bien sûr, mais aussi de l’investissement dans la mesure où il alimente l’activité de production (PIB), tel le logement neuf. Celui-ci est un bien de consommation à long terme et son amortissement n’a rien à faire dans le calcul de l’épargne monétaire des ménages.
Il n’y a donc d’épargne qu’une : ni brute, ni nette.
Cette définition de l’épargne s’étend en tout cas à celle des deux agents économiques : les ménages et les entreprises (l’étranger bénéficiant d’un régime particulier puisqu’il n’a pas de revenu sur le territoire national).
L’épargne est donc la fraction du revenu non utilisé à l’activité de production, c’est-à-dire à la consommation (des ménages) et à l’investissement (des ménages et des entreprises). Car, la fraction du revenu qui n’est pas consacrée à l’activité de production est nécessairement couverte par le crédit, c’est-à-dire par l’émission monétaire, pour un même niveau de production.
La Comptabilité Nationale donne une définition comptable inexacte de l’épargne, car en procédant par compensation elle passe sous silence, de manière délibérée, deux facteurs essentiels au financement du Produit National (PIB) : les crédits à l’économie et l’épargne, celle-ci comprenant la désépargne et l’épargne forcée ; ce qui témoigne d’une grave carence de la mesure.
Notons au passage, que la désépargne et l’épargne forcée sont prélevées sur des revenus de périodes antérieures indifférenciées que la Comptabilité Nationale ne cherche pas à isoler. Elle est prisonnière de la théorie de l’égalité de l’épargne et de l’investissement, qui ne distingue pas les périodes.
Enfin, on doit distinguer au moins deux sortes d’épargne :
- l’épargne préalable, destinée à une acquisition future, et
- l’épargne forcée, consacrée au remboursement des emprunts.
On verra qu’elles n’ont pas les mêmes effets monétaires sur l’économie.
L’épargne convenablement mesurée pourrait servir d’outil de gestion nationale si l’on en connaissait ses effets macroéconomiques, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Macroéconomie de l’épargne
Il n’existe, semble-t-il à l’heure actuelle, aucune théorie reconnue des effets macroéconomiques de l’épargne sur l’activité de production. On semble admettre cependant qu’une baisse du taux d’épargne des ménages est plutôt favorable à la croissance, sans pour autant être capable d’en mesurer la portée.
Dès lors, la question est de savoir s’il existe bien une relation étroite entre l’épargne et la croissance.
Rappelons que l’on a connu par le passé des périodes de forte croissance accompagnées d’un relèvement sensible du taux d’épargne des ménages, et inversement.
Le cas du Japon est à cet égard démonstratif : en 1969, le taux d’épargne nette (tous agents confondus) était de 9,2%. La décennie qui a suivi, a vu le PIB nippon croître en moyenne annuelle de 6,66%, tandis que dans le même temps (à fin 1979) le taux d’épargne nette passait à 14,9%. La décennie suivante le PIB a cru de 4,48%, en moyenne annuelle, et le taux d’épargne nette est passé à 18,6% (à fin 1989). On peut noter que la progression du taux d’épargne a ralenti en même temps que la croissance.
A cette époque on parlait encore de spirale vertueuse de l’épargne japonaise, mais plus pour longtemps. Car, avec le ralentissement plus accentué de l’activité de production au cours des huit années qui ont suivi (PIB à 2,28% en moyenne annuelle), on a pu observer une réduction sensible du taux d’épargne nette qui est passé à 15,8% (à fin 1997).
Cela s’explique aisément : plus la quantité de monnaie entrant dans la sphère réelle est grande, plus forte est la croissance ; donc, plus forts sont les revenus et plus forte est la propension à épargner. Lorsque la quantité de monnaie entrant dans la sphère réelle diminue, la croissance ralentit en même temps que les revenus, et les ménages confrontés à la baisse de leurs revenus ont alors tendance à réduire le niveau de leur épargne pour maintenir le niveau de leur consommation.
La loi macroéconomique, décrite par ailleurs, nous enseigne que les effets négatifs de l’épargne sur la croissance sont neutralisés par le crédit. La quantité de monnaie entrant dans la sphère réelle est alors au moins aussi grande que l’épargne. Et quand le crédit est fort, voire très fort, il alimente à la fois la croissance et l’épargne.
C’est l’abondance monétaire au sein de la sphère réelle qui nourrit l’épargne, tandis que le reflux la réduit.
Examinons à présent ce que les travaux développés dans ce site nous apportent en matière de macroéconomie de l’épargne.
Essayons d’analyser le phénomène de la formation de l’épargne depuis son origine en suivant pas à pas (autant que faire se peut) la monnaie depuis son émission.
D’emblée, on peut avancer qu’il n’y a d’épargne que monétaire puisqu’il faut « gagner » de l’argent avant d’épargner. Ce n’est qu’ensuite, sur la base d’une transaction ultérieure, que cette épargne va prendre la forme du placement choisi, soit monétaire (livret, plan, etc.), soit valeur mobilière, bien mobilier ou immobilier, soit autrement. L’épargne est donc prélevée sur les revenus.
Mais, partons de l’émission monétaire et suivons le processus qui conduit à l’épargne.
1ère étape – L’émission monétaire
On sait que l’émission de signes monétaires est opérée par les banques dès l’instant où elles prêtent des fonds et les mettent à disposition de l’emprunteur. Ce qui donne à leur bilan :
Créance (à l’actif) = Compte de dépôt à vue (DAV) (au passif) (schéma 1)
Il n’est généralement d’emprunt contracté par les ménages, que pour réaliser la dépense d’un bien consommable à court terme (bien de consommation) ou à long terme (logement), ce dernier pouvant être neuf ou déjà existant ; de même il n’est couramment d’emprunt contracté par les entreprises, que pour acquérir ou produire un bien d’investissement (hors fonds de roulement).
Dès que l’emprunt est à la disposition du ménage ou de l’entreprise contractante, il peut s’écouler un temps mort avant son emploi. En attendant leur utilisation, les fonds ainsi temporairement disponibles peuvent être placés. Pour de simples raisons de bonne gestion de leur trésorerie, les entreprises pratiquent le plus souvent de la sorte. Quant aux ménages, il s’agit de cas isolés mais toujours possibles.
Ainsi donc, à peine l’émission monétaire effectuée que déjà une partie de la monnaie est épargnée, mais temporairement dans le cas examiné, ce qui donne alors au bilan de la banque :
Créance (à l’actif) = Compte de DAV + Compte d’épargne (au passif) (schéma 2)
L’épargne bancaire naît de l’émission monétaire.
2ème étape – L’emploi de la monnaie émise (transaction)
La monnaie empruntée est utilisée conformément à sa destination, c’est-à-dire qu’elle alimente en totalité ou en partie l’activité de production (sphère réelle) des entreprises. En totalité, s’il s’agit d’un bien neuf ou d’un service ; en partie, s’il s’agit d’un bien usagé ou d’occasion. Dans ce dernier cas, la transaction recouvre directement ou indirectement un simple échange entre deux agents pour sa valeur, l’activité de production ne portant que sur les honoraires, commissions, droits et taxes, et autres marges d’intermédiaires.
Pour que la transaction soit réalisée, l’épargne est aussitôt liquidée et le schéma 2 cède la place au schéma 1 qui réapparaît.
Cette opération une fois réalisée, les fonds empruntés passent aux mains de l’entreprise chargée de l’exécution de la commande. On suppose que ces fonds changent de banque, allant de celle du client à celle du fournisseur.
En simplifiant, le schéma 1 reste en vigueur si l’on consolide les comptes des deux établissements bancaires : la créance restera chez la première, le compte de DAV chez la deuxième, les opérations de compensation entre les deux banques réglant leurs comptes réciproques.
3ème étape – La monnaie émise entre dans la sphère réelle (production)
La monnaie entrant dans la sphère réelle alimente directement l’activité de production, c’est-à-dire le Produit National (PIB). Notons au passage que notre définition du Produit National (PN) diffère sensiblement de celle de Produit Intérieur Brut (PIB), ainsi que le souligne l’exposé sur la loi macroéconomique auquel le lecteur est prié de se reporter. Cela ne gène en rien le raisonnement.
L’entreprise met en œuvre le bien, le produit ou le service commandé afin de le livrer. Si l’on raisonne globalement et schématiquement, les fonds reçus vont être utilisés notamment au paiement des matières premières et consommables, des frais de personnel, des frais divers et autres, ainsi que des taxes et impôts que doit supporter l’entreprise, sans oublier le bénéfice de l’entrepreneur s’il est indépendant.
L’entreprise conserve, grosso modo, la fraction du prix de vente correspondant à l’amortissement de son outil de production. C’est en quelque sorte le remboursement de l’avance financière qu’elle en a faite. Enfin, une fraction du prix sert éventuellement, en cas de bénéfice, au paiement d’un dividende.
Bien qu’il s’agisse d’un processus extrêmement simplifié, on sait que la monnaie entrant dans la sphère réelle de l’activité de production en sort, de toute façon, au profit des ménages (principalement) et des entreprises (pour le reste), car :
Produit National = Revenu National
et :
Revenu National = Revenu des ménages + Revenu des entreprises
On peut supposer que, depuis la transaction visée à la deuxième étape, la monnaie a circulé de comptes de DAV en comptes de DAV entre entreprises, ce qui nous ramène au schéma 1 (simplifié) toutes banques consolidées, rappelé ci-dessous :
Créance (à l’actif) = Comptes de DAV (au passif) (schéma 1)
La monnaie a circulé, sauf l’éventualité d’une épargne monétaire temporaire que l’on négligera ici.
4ème étape – La monnaie émise sort de la sphère réelle (revenu)
La monnaie sortant de la sphère réelle alimente directement le Revenu National, c’est-à-dire le revenu des ménages et le revenu des entreprises, comme on vient de le voir. Elle entre dans la sphère monétaire et financière.
Les ménages perçoivent des traitements et salaires, des honoraires, des allocations diverses de l’Etat, des retraites, des dividendes et autres revenus. Ce sont les revenus des ménages.
Les entreprises conservent ce que l’on appelle le cash-flow : les amortissements, les réserves et les bénéfices non distribués. Ce sont les revenus des entreprises.
Pour que les revenus soient versés aux ménages, les comptes de DAV des entreprises se « vident » au profit des comptes de DAV des ménages, ce qui nous donne, toujours toutes banques consolidées, le schéma 1 repris ci-dessous :
Créance (à l’actif) = Comptes de DAV (au passif) (schéma 1)
en supposant que les entreprises et les ménages n’ont pas encore utilisé les revenus qu’ils viennent de percevoir (ménages) ou de constater (entreprises).
5ème étape – Sort de la monnaie (émise) à la sortie du cycle de production
Il ne fait aucun doute qu’à la sortie du cycle de production, la monnaie constituant le Revenu des Ménages est nécessairement partagée entre : nouvelle consommation (y compris le logement neuf) et épargne ; autrement dit, elle est pour partie remise dans le circuit de la sphère réelle et pour partie épargnée (sphère monétaire et financière).
Dans le processus de production, l’épargne est prélevée sur les revenus de la période antérieure : le mois, puisque le cycle de rotation monétaire est en règle générale mensuel dans nos pays industrialisés. Il est mensuel, car les salaires, rémunérations et autres revenus sont pour la plupart versés par les entreprises et l’Etat (assimilé à une entreprise) chaque mois.
L’épargne ne peut naître que des revenus perçus, c’est-à-dire de ceux provenant de la période d’activité antérieure et non de la période d’activité examinée, ce qu’ignore la Comptabilité Nationale.
Notre étude porte maintenant sur les choix opérés par les ménages à partir donc de leurs derniers revenus, ceux qui vont être répartis entre nouvelle consommation et épargne, étant rappelé que l’épargne peut être préalable (en vue d’un achat) ou forcée (après l’achat, pour le remboursement de l’emprunt).
Ces choix vont déterminer le Produit National (PIB) de la période suivante.
6ème étape – Sort de la monnaie à l’ouverture d’un nouveau cycle de production (épargne)
La question, essentielle et capitale à la fois, est de savoir ce que devient la monnaie épargnée à l’ouverture du nouveau cycle de production ; va-t-elle ou non alimenter l’activité de la nouvelle période ?
L’analyse des circuits monétaires montre que l’épargne peut prendre trois directions :
a) elle reste en banque,
b) elle est remise à un établissement financier,
c) ou encore elle est échangée contre une valeur ou un bien mobilier ou immobilier.
Examinons successivement ces 3 voies.
a) l’épargne conserve sa forme monétaire et reste en banque
Dans la majorité des cas, le public dispose d’un ou plusieurs comptes ouverts dans une même banque ou établissement financier, celle ou celui où il perçoit en général ses revenus. L’épargne est donc virée d’un compte courant (DAV) à un compte d’épargne, et inversement, sans quitter la banque ou l’établissement.
L’épargne qui nous intéresse ici est celle qui est déposée dans une banque créatrice de monnaie. L’épargne déposée dans un établissement financier, comme les Caisses d’épargne ou La Poste, est traitée au b) ci-après.
Rappelons la différence qui les caractérise : la banque ne fait pas circuler la monnaie, en tout cas pas directement ; ce sont ses clients qui la font circuler sur ordres qu’ils lui donnent et qu’elle est chargée d’exécuter ; tandis que l’établissement financier, quant à lui, ne peut que la faire circuler.
Pour régler les transactions de sa clientèle, la banque peut se passer d’un compte bancaire puisqu’elle opère par compensation, tandis que l’établissement financier, lui, ne peut pas s’en passer.
Comme chacun sait, les banques françaises offrent de multiples choix de placements monétaires dans leurs établissements : comptes, livrets et plans d’épargne, Codevi, faisant partie des comptes d’épargne à régime spécial ; comptes créditeurs, bons de caisse, certificats de dépôt émis, faisant partie des autres dépôts à terme.
L’épargne visée ici peut donc prendre l’une ou l’autre de ces formes.
Si, jusqu’à présent nous avons suivi la monnaie émise, notons maintenant que cette monnaie (à présent épargnée) se perd avec la monnaie précédemment épargnée provenant de multiples émissions antérieures.
Les ménages ayant choisi ici l’épargne monétaire, le schéma 2 prend toute sa dimension et entame une période de grande stabilité. Il est repris ci-après, (complété à l’actif par les autres valeurs, sources d’émission monétaire autres que le crédit) toutes banques consolidées :
Créances et autres valeurs (à l’actif) = Comptes de DAV + Comptes d’épargne (au passif) (schéma 2)
Ce schéma s’applique également aux entreprises, dans la mesure où elles placent en banque leurs disponibilités de trésorerie. On assiste alors à de fréquents transferts de comptes DAV à comptes d’épargne.
Comme il a déjà été dit et répété, la caractéristique principale de l’épargne bancaire est qu’elle n’a pas de contrepartie en monnaie, puisqu’elle en a déjà une : la créance inscrite au bilan de la banque au moment du prêt comme le montre le schéma 2 ci-dessus, jusqu’à son remboursement.
On en déduit que l’épargne en banque est stockée dans des parkings monétaires sans aucune utilité pour l’économie. Il s’agit d’une épargne morte. C’est un aspect capital de l’épargne qui échappe à la connaissance collective, mais aussi et surtout à celle des autorités monétaires, semble-t-il.
Les banques ne peuvent pas disposer des fonds de leur clientèle, aussi quand elles doivent transférer l’épargne de leurs clients, lorsque les règlements les y obligent comme c’est le cas en France notamment pour les Codevi et les LEP, elles ne peuvent faire autrement que d’émettre de nouveaux signes monétaires.
C’est ce que démontre, sans contestation possible, l’analyse des schémas comptables. (cf. « La Monnaie-Schémas d’écritures » chapitre C2 - l’épargne vive ou active) Alors que la même épargne collectée par La Poste ne fait que circuler d’un compte de banque (DAV) à un autre compte de banque (DAV), sans création monétaire évidemment.
Si le pouvoir monétaire connaissait cet aspect négatif de l’épargne, il n’obligerait pas les banques à transférer l’épargne de leurs clients puisque ce transfert est source de nouveaux signes monétaires, ainsi que l’on vient de le mentionner. Mais, il semble croire comme tout le monde que l’épargne ne cesse de circuler, que ce soit en banque ou dans les établissements financiers, ce qui est faux.
L’épargne bancaire est une épargne morte. Elle ne circule pas.
Elle ne peut donc financer quelque investissement que ce soit, ce qui infirme la théorie de l’égalité de l’épargne et de l’investissement. Elle ne peut pas être réinjectée dans le circuit de la production puisqu’elle est gelée par le système ; et pour qu’il n’y ait pas de ralentissement de l’activité nationale, à chaque cycle de production, elle doit être compensée par une émission monétaire nouvelle que seul l’appel au crédit bancaire est en mesure d’assurer.
L’égalité de l’épargne et de l’investissement apparaît donc de plus en plus contestable !
On a vu qu’une fraction de l’épargne monétaire est une épargne forcée, qui conduit à une destruction monétaire si elle est destinée au remboursement d’un emprunt bancaire.
Cette épargne forcée possède en banque une particularité, c’est qu’elle disparaît du compte (DAV) de l’emprunteur au profit de la banque prêteuse. Celle-ci constate alors une réduction de la créance qu’elle détient à l’actif de son bilan.
Quand elle a prêté les fonds, la banque a créé la monnaie ; avec le remboursement elle la détruit. Ainsi le schéma 1, lié à cette opération, disparaît des écrans comptables de la banque partiellement à chaque échéance du prêt et totalement à la dernière.
L’épargne forcée, employée au remboursement d’un emprunt bancaire, est retirée de la circulation ; elle est détruite par la banque.
b) l’épargne monétaire est placée dans un établissement financier, dans une Caisse d’Epargne ou encore à La Poste
Un établissement financier est toujours tributaire d’un compte ouvert dans une banque, comme tout un chacun, pour exécuter les opérations financières liées à son activité, c’est pourquoi il fait circuler la monnaie.
Les Caisses d’Epargne et La Poste sont considérées ici comme des établissements financiers non créateurs de monnaie. Les fonds que ces établissements reçoivent du public sont déposés à un compte à leur nom dans une banque. Avant qu’elle ne change de statut, les fonds de La Poste étaient versés au compte du Trésor Public à la Banque de France.
Les Caisses d’Epargne et La Poste collectent des fonds comme le font les banques, c’est-à-dire en comptes de DAV et en comptes d’épargne. Mais, comme tous les fonds issus des transactions de leur clientèle passent par des comptes ouverts dans une banque extérieure à leur établissement, elles jouent le rôle de simples intermédiaires et les sommes collectées passent de comptes de DAV à comptes de DAV en banques.
En règle générale, ces établissements qui ont pour vocation la collecte des fonds ne sont pas prêteurs, pour la bonne raison qu’en prêtant ils démunissent d’autant le mandataire qu’ils ont désigné dont le rôle est précisément de prêter les fonds collectés.
C’est qu’en effet, le mandataire dispose des fonds selon des modalités contractuelles qui prévoient généralement l’octroi de prêts à des organismes publics. C’est le mandataire qui prête les fonds ainsi mis à sa disposition sur un compte ouvert à son nom, c’est pourquoi ils passent de banque en banque, de DAV à DAV.
Ces opérations relèvent du schéma 1 repris ci-dessous, toutes banques confondues :
Créances et autres valeurs (à l’actif) = Comptes de DAV + Comptes d’épargne (au passif) (schéma 2)
En supposant bien sûr que les comptes d’épargne en banque restent inchangés, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas été affectés par les transactions visées au présent b).
Voyons maintenant les établissements de crédit.
Pour exercer leur activité de prêteur, les établissements de crédit disposent de fonds qu’ils ont empruntés aux banques ou au public ; dans ce dernier cas, ils procèdent le plus souvent par augmentation de capital, par émission d’obligations à terme ou autres instruments constatant leurs dettes. Les fonds souscrits sont mis à leur dispos