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Exposé sur la macroéconomie

 

 

 

 

Macroéconomie

 

L’Académie française en donne la définition suivante : étude des phénomènes économiques considérés à l'échelle nationale ou internationale.

 

Le petit Robert pour sa part précise : partie de l’économie qui étudie les grandes structures et les phénomènes économiques globaux.

 

Disons que c’est aussi l’étude des grandeurs économiques et monétaires et de l’incidence de leurs relations réciproques sur la vie économique de tous les jours.

 

 


 

 


S O M M A I R E

 

 

 

 

1 – L’économie en substance

 

1.1 Le sens de l'économie

1.2 Les fonctions élémentaires de la vie économique

1.3 Les échanges et les deux sphères d'activité

1.4 La sphère réelle et ses grandeurs économiques

1.5 Les composantes macroéconomiques du produit national

1.6 Les composantes macroéconomiques du revenu national

1.7 La croissance et le pouvoir d'achat

1.8 La sphère monétaire et financière avec ses principales grandeurs économiques

 

 

2 – La dynamique de l’économie

 

2.1 Le processus économique: la rotation des échanges et les rouages de l'économie

2.2 Les mécanismes de l'expansion et de la récession

 

 

 

 

 


 

 

 

 

1 – L’économie en substance

 

 

1.1  Le sens de l'économie

 

Il semble utile de rappeler quelques notions de base que l'on a trop souvent tendance à perdre de vue, à commencer par la principale fonction de l'économie qui consiste à satisfaire les besoins de la population d'un pays par une exploitation optimale de ses ressources. Les théories qui vont à l'encontre ou qui s'éloignent de cet objectif doivent être sévèrement combattues.

 

L'économie est la mise en oeuvre de ce qui constitue ses deux ressources fondamentales : hommes et matières (au sens large du terme), dans le but essentiel de satisfaire les besoins de toute population. Elle a pour moteur les deux fonctions naturelles de l'homme qui occupent tout l'univers économique:

 

- la fonction de production,

- la fonction de consommation.

 

La production est l'expression économique de la mise en oeuvre de ces deux ressources, tandis que la consommation est l'expression économique de la satisfaction des besoins de toute population. Et, elle a pour carburant (si l'on peut dire) la monnaie, car depuis l'abandon du troc la monnaie est devenue la courroie de transmission des échanges sans lesquels il n'y a, à proprement parler, ni production ni consommation. C'est la troisième ressource, et on verra qu'elle imprime à l'univers économique son mouvement.

 

L'objet même de l'économie est l'utilisation rationnelle de ces trois éléments fondamentaux : hommes, matières, monnaie.

 

Le degré d'élaboration des connaissances et de la formation humaines ainsi que celui du développement des techniques de transformation des matières à mettre en œuvre, nous donnent la mesure de la satisfaction possible des besoins. Aussi, en nous basant sur l'essor actuel des connaissances humaines et sur la maîtrise des techniques de production, il n'existe en théorie aucune autre limite à la satisfaction des besoins des populations (et a fortiori de celles des pays dits riches et développés dans lesquels elles s'exercent), que celle que constitue l'épuisement de ces ressources.

 

Enfin, la quantité de monnaie nécessaire aux échanges doit en permettre l'accomplissement. Il s'agit là d'une ressource inépuisable, principalement abstraite, que les seules restrictions auxquelles elle se trouve soumise à l'heure actuelle sont celles qui lui sont arbitrairement fixées par les autorités monétaires.

 

Que les ressources en hommes et en matières soient insuffisantes ou abondantes, l'émission monétaire doit être mesurée afin que tous les échanges que ces ressources supposent soient réalisés.

 

Ainsi, une économie en bonne santé est l'économie d'un pays qui sait gérer la pénurie de ses ressources.

 

Le sens véritable de la science économique se situe donc dans la perspective du bien-être de tous les individus. Nul ne doit rester sur le bord de la route puisqu'il fait partie intégrante de la société. Ce n'est pas seulement un devoir de solidarité, c'est aussi un devoir d'intérêt général. On a besoin de toutes les énergies humaines, non seulement pour combler les besoins de tous, mais aussi pour accéder au progrès des connaissances et assurer la pérennité de l'humanité.

 

 

1.2  Les fonctions élémentaires de la vie économique

 

Aussi loin que l'on remonte dans le temps, l'homme a toujours accompli les deux fonctions élémentaires de la vie économique qui peuvent être vitales, essentielles ou accessoires pour lui:

 

la fonction de production et la fonction de consommation.

 

La fonction de production commence par l'outil indispensable à l'élaboration du produit de consommation. Jadis, c'était l'arme pour la chasse, les filets, harpons et autres instruments de pêche, les outils agricoles, le métier à tisser, les outils pour la construction des habitations, etc.. Aujourd'hui, ce sont aussi les usines, les laboratoires, les bureaux, les surfaces de vente et autres, munis de leurs équipements. On désigne cette production sous le nom d'investissement. Les spécialistes, qui aiment faire compliqué quand ils pourraient faire simple, ont choisi la définition barbare et ésotérique de "formation brute de capital fixe", alors que les Anglo-saxons plus pragmatiques utilisent toujours le nom de "investment", non seulement plus facile à comprendre pour le profane mais aussi plus commode pour tout le monde.

 

Maintenant que l'instrument est créé, la fonction de production peut s'exercer dans l'élaboration ou la fabrication du produit de consommation. Autrefois, c'était la chasse, la pêche, le tissage, la construction d'habitation, etc. Aujourd'hui, c'est en outre la préparation et le conditionnement des produits alimentaires, l'entretien des constructions et des matériels de toutes sortes, les produits et services de santé, les moyens de transport et de communication, la presse, les loisirs (spectacles, sports, tourisme, livres, jouets et jeux,..), etc.

 

Quant à la fonction de consommation, elle est universellement connue puisque tout le monde en vit ou malheureusement devrait en vivre. Quand elle ne peut s'accomplir, à notre époque de progrès incomparable des sciences et des techniques, c'est rarement en raison de pénurie de ressources naturelles (hommes et matières) mais plus couramment en raison d'une insuffisance de monnaie (troisième ressource) due à son rationnement.

 

Quoi qu'il en soit, la fonction de consommation ne peut s'exercer avant que ne soit accomplie la fonction de production. Personne n'a encore jamais réussi à consommer ce qui n'est pas produit. Et à commencer par la production de l'outil de fabrication qu'on persistera à appeler investissement.

 

Et la production de l'outil, ainsi que la production précédant la consommation, doivent faire l'objet d'un financement préalable, ce qui signifie, et c'est capital sur le plan macro-économique, qu'une quantité de monnaie déterminée doit être consacrée, avant toute consommation, au financement d'une économie. Cela veut dire également qu'une économie nationale se finance comme il en est de n'importe quelle entreprise. Le contraire serait bien étonnant puisque l'économie nationale est faite de la somme de toutes les activités de production. Et comme chaque activité est elle-même financée, la somme des financements de toutes les activités représente, tout simplement, le financement de l'économie nationale.

 

Ainsi, une économie nationale doit disposer avant même de fonctionner ou de se développer d'une certaine quantité de monnaie. En termes techniques, il s'agit de la somme des fonds de roulement et des fonds nécessaires aux investissements des entreprises.

 

De plus, en supposant que les ressources soient suffisantes, la fonction de production ne peut pas être remplie si pour une raison quelconque la fonction de consommation ne peut pas s'exercer. Une insuffisance de pouvoir d'achat, par exemple, constitue une limite à la fonction de production. En outre, bon nombre de responsables économiques paraissent parfois oublier qu'il n'y a pas de production d'investissements s'il n'y a pas de perspectives favorables de consommation. Bien qu'il échappe aux règles de rentabilité propres au secteur privé, l'investissement public obéit à la même finalité de consommation, mais ici collective.

 

Ainsi donc, la fonction de production (à commencer par la production de l'outil de fabrication) ne s'exerce que pour remplir la fonction de consommation. C'est pourquoi l'activité économique repose tout entière sur la consommation qui en est le moteur. On ne peut pas s'abstraire de cette réalité qui est le fondement même de toute la vie économique.

 

 

1.3  Les échanges et les deux sphères d'activité

 

Les échanges sont à la base de toute activité économique. On distingue ceux qui mettent en œuvre la production et ceux qui traitent de manière plus spécifique de finance et de monnaie, les uns et les autres occupant deux sphères d'activité distinctes. Ils sont pratiqués par des agents que l'on a classés en trois groupes séparés:

 

les entreprises, les ménages et l'étranger (ou reste du monde)

 

Ils procèdent entre eux à des échanges de biens et de services, fruits de leur activité de production présente, et à des échanges de biens existants ou de valeurs financières et monétaires, constituant leur patrimoine, fruits de leur activité passée.

 

Un échange comporte toujours deux partenaires ou agents (celui qui vend et celui qui achète) et une somme de monnaie, soit le prix convenu, si l'on veut bien éliminer le troc. Vendre et acheter sont pris ici au sens le plus large, ce qui signifie qu'ils comprennent tout autant la rémunération du travail, que "vend" le salarié et "qu'achète" l'employeur, que la vente d'une douzaine d'œufs par un épicier à sa cliente.

 

C'est le nombre et le volume des échanges productifs qui déterminent le niveau de l'activité économique d'un pays, d'où leur importance.

 

Par les échanges qu'ils pratiquent avec les entreprises, les ménages remplissent dans un sens leur fonction de production et dans l'autre leur fonction de consommation. Quand ils sont vendeurs, ils tirent leurs ressources de la rémunération de leur travail ou de leur capital, et quand ils sont acheteurs, ils comblent leurs besoins de consommation. Le pouvoir d'achat dégagé dans l'exercice de la fonction de production détermine ainsi, a priori, le niveau de la consommation.

 

Quant aux entreprises, qui représentent dans ces échanges la partie opposée aux ménages, elles ont le rôle capital de permettre l'accomplissement de ces deux fonctions. Cela étant précisé, on s'en tiendra aux usages qui donnent aux entreprises la qualité de producteurs et aux ménages celle de consommateurs.

 

Les échanges que pratiquent entre elles les entreprises portent sur deux groupes de produits, classés en fonction de leur destination finale: les premiers qui sont exclusivement destinés à leur servir d'outil de production, et les seconds qui, se situant à un stade intermédiaire de la fabrication ou de la vente (matières premières, produits bruts, semi-finis et finis), ont pour destination finale la consommation des ménages ou l'étranger.

 

Les échanges intervenant entre ménages ne sont pas recensés dans l'activité de production du pays, excepté s'il s'agit d'échanges déclarés, tels que l'emploi de gens de maison ou la location de logements, auxquels cas le ménage qui emploie ou loue prend la qualité d'un entrepreneur, et les échanges correspondants passent dans la catégorie des échanges entre ménages et entreprises. Pour le reste, ils relèvent de l'économie souterraine ou de transactions isolées.

 

Les échanges pratiqués avec l'étranger peuvent être assimilés aux échanges que l'on vient d'examiner plus haut puisqu'on retrouve nécessairement dans les pays étrangers des ménages qui exercent leurs fonctions de production et de consommation et des entreprises qui y contribuent. L'étranger peut donc être un ménage ou une entreprise qui vend ou qui achète à une entreprise ou à un ménage national. Les échanges se pratiquent donc avec l'étranger dans les deux sens, soit par une entreprise, soit par un ménage. Les agents nationaux importent lorsqu'ils achètent et exportent lorsqu'ils vendent à l'étranger.

 

Ainsi que chacun sait, les échanges ne se limitent pas à l'accomplissement de nos deux fonctions de production et de consommation; ils s'étendent à des transactions monétaires et financières liées ou non à la production et à la consommation; ces transactions se sont développées de manière considérable au cours des dernières décennies.

 

Les échanges sont ainsi divisés ou classés en deux catégories ou sphères d'activité :

 

- les échanges mettant en œuvre l'activité de production, regroupés au sein de la sphère dite réelle, ce sont les échanges de biens et de services, fruits de l’activité de production présente de nos agents économiques,

 

- les échanges portant essentiellement sur l'activité financière et monétaire, regroupés au sein d'une deuxième sphère dite tout simplement financière et monétaire, ce sont les échanges de biens existants ou de valeurs financières et monétaires, constituant le patrimoine de nos agents économiques, fruits de leur activité passée.

 

Ce partage des échanges et les liens qui unissent les deux sphères représentent, ainsi qu'on va le voir, un point capital dans l'étude des phénomènes économiques. Comme la sphère réelle possède l'exclusivité de l'activité de production, elle est la seule à détenir le gisement de l'emploi. Il n'existe donc pas de solution valable à la résorption du chômage sans une maîtrise totale de cette sphère. De plus, comme la monnaie sert de support à tous les échanges, on peut avancer que la sphère réelle s'inscrit parfaitement dans la sphère monétaire et financière à la source de laquelle elle puise son financement.

 

Il semble utile, à présent, de citer quelques exemples d'échanges appartenant à l'une et l'autre sphères:

 

- la sphère réelle comprend des échanges relatifs à un bien neuf ou un service, tels que la vente d'un produit alimentaire, d'un produit d'entretien, d'un article ménager, d'une voiture neuve, d'un logement neuf ou d'une construction neuve, d'un billet de chemin de fer ou d'avion, ou bien tels que la fourniture de services médicaux, de dépannage ou d'entretien de matériels divers (ménagers, automobiles ou autres), de services bancaires ou postaux, ou bien encore tels que les commissions d'intermédiaires, les honoraires de notaires et autres portant sur des transactions de biens mobiliers et immobiliers existants, etc., tous échanges mettant en oeuvre l'outil de production au cours de la période d'activité examinée,

 

- alors que la sphère monétaire et financière comprend des échanges relatifs à un bien ou une valeur déjà existant ou à un titre monétaire, pour leur valeur de transaction propre (hors frais), tels que les immeubles anciens, les voitures d'occasion, les valeurs mobilières, les valeurs et titres monétaires, les prêts et emprunts d'argent et autres placements financiers, etc., tous échanges portant sur la monnaie ou le patrimoine (ayant mis en oeuvre l'outil de production au cours d’une période d'activité antérieure à celle examinée), réalisés sans influence sur l'outil de production pour leur valeur de transaction propre.

 

Pour illustrer le propos, prenons le cas de Dupont qui fait construire un pavillon pour se loger. Pour acquitter le prix de la construction qui est de 150.000 euros, il utilise d'abord une prime exceptionnelle de 10.000 euros qu'il vient de recevoir de son employeur, puis son livret d'épargne logement pour le montant de ses économies accumulées depuis 5 ans, soit 40.000 euros et emprunte le solde soit 100.000 euros à sa banque.

 

Le premier échange avec l'entreprise de construction et le deuxième avec son employeur appartiennent tous deux à la sphère réelle, car ils mettent en œuvre (pendant la période examinée) l'outil de production, tandis que les deux autres échanges avec la banque (désépargne et emprunt) appartiennent à la sphère monétaire et financière. Si Dupont avait acheté un logement ancien pour le même prix de 150.000 euros, comprenant 12.000 euros d'honoraires et frais divers, la valeur nette de la transaction avec le vendeur (sans effet direct sur l'activité de production) aurait relevé de la sphère financière soit pour 138.000 euros, tandis que les honoraires et frais auraient relevé de la sphère réelle, les échanges avec la banque restant rattachés à l'autre sphère. Les remboursements mensuels, que Dupont s'est engagé à verser à sa banque, appartiendront à la sphère réelle pour la fraction des intérêts qui alimenteront l'activité du banquier le moment venu, alors que la fraction du capital remboursé relèvera de la sphère monétaire et financière.

 

La multiplication des échanges entre les entreprises et les ménages a pour effet d'accroître le niveau de l'activité de production, à la seule condition qu'il s'agisse d'échanges appartenant à la sphère réelle. Plus ils seront nombreux et plus grand sera leur volume, plus forte sera la croissance. On ne peut pas dire que la multiplication des échanges de même nature avec l'étranger ont les mêmes effets sur le niveau de l'activité nationale car ils forment deux courants d'échanges de sens contraires: l'importation et l'exportation. Aussi, est-ce leur balance qui est déterminante. Si elle est excédentaire ou en position de réduction d'un déficit passé, elle accélère la croissance, alors que si elle est déficitaire ou en position de réduction d'un excédent passé, elle la ralentit.

 

La multiplication des échanges financiers et monétaires n'a aucune influence sur l'activité de production s'ils ne sortent pas de leur sphère. L'attrait de plus en plus grand pour les placements financiers mieux rémunérés et moins risqués que les investissements de production, la recherche et la découverte de nouveaux instruments financiers, les maintiennent dans leur sphère et les ont développés de façon démesurée, au cours des trois dernières décennies, au détriment de la sphère réelle.

 

 

1.4  La sphère réelle et ses grandeurs économiques

 

La sphère réelle est donc exclusivement occupée par l'activité nationale de production. Celle-ci est faite de la somme des activités de production de toutes les entreprises du pays. Cependant, on ne peut se borner à totaliser purement et simplement les chiffres d'affaires de toutes les entreprises sans courir le risque de faire des doubles emplois. Ainsi par exemple, on ne peut additionner le chiffre d'affaires des boulangers avec celui des minotiers, puisqu'une part de celui-ci est déjà compris dans celui-là. On ne peut donc accumuler les ventes réalisées successivement depuis l'exploitation de la matière première jusqu'à la distribution du produit fini, chaque entreprise apportant sa part de valeur ajoutée au produit qu'elle a elle-même traité. Dans la chaîne de production, les achats des unes étant les ventes des autres, ces échanges, que l'on appelle consommation intermédiaire, sont purement et simplement éliminés par compensation et le risque de double emploi disparaît.

 

Avant de poursuivre, il faut donner à l'Etat la place qui doit être la sienne dans les comptes de la Nation, puisque c'est par les comptes que l'on mesure l'économie.

 

La séparation des fonctions de production et de consommation, au sens large, est un principe fondamental qu’il convient d’observer, si l’on veut bien appréhender les phénomènes économiques.

 

Aussi les producteurs ou entreprises et les consommateurs ou ménages doivent-ils être opposés dans tous les compartiments de la vie économique et tout spécialement dans leurs comptes, comme ils le sont par leurs intérêts.

 

Cette séparation ne souffrant pas d'exception, l'Etat ne peut conserver la place indépendante qui lui a jusqu'ici toujours été attribuée (en marge des producteurs et des consommateurs) même s'il joue un rôle majeur dans l'activité du pays. Il se comporte comme une entreprise, il emploie des salariés et il produit des biens et des services même si c'est à un prix imposé. Il doit donc être classé au rang des producteurs, c'est-à-dire au rang des entreprises. L'entorse faite à ce principe a pour conséquence de fausser la mesure du produit national.

 

Comme toute entreprise, l'Etat apporte une valeur ajoutée à la production nationale et sa consommation ne peut être qu'intermédiaire et non finale comme c'est le cas présentement.

 

L'activité nationale de production ainsi définie, comme étant la somme des valeurs ajoutées de toutes les entreprises du pays (l'Etat y compris) constitue le Produit National, le seul qui soit en réalité.

 

Il est composé de trois ensembles déterminés en fonction de la destination effective donnée à la production, et afin d'éviter toute confusion, en fonction du groupe d'agents qui en est le destinataire :

 

- la consommation des ménages, dite consommation finale; étant bien entendu qu'il n'existe pas de consommation finale de l'Etat ou des administrations,

 

- l'investissement des entreprises, l'Etat y compris, c'est-à-dire l'outil de production, auquel il est courant d'ajouter les stocks de produits en cours ou en attente de vente dans les entreprises,

 

- le solde de la balance des échanges extérieurs, soit l'exportation sous déduction de l'importation.

 

Il est d’usage courant de porter l’importation en diminution de l’exportation, mais en réalité elle vient en diminution des trois autres grandeurs, puisque les produits importés peuvent être : soit transformés, soit revendus en l’état comme biens de consommation, d’investissement ou encore de biens exportés.

 

On est alors en présence de la première égalité macro-économique qui définit toute activité nationale :

 

Consommation + Investissement + Exportation – Importation = Produit National

 

Comme il n'existe pas de produit national qui ne revienne soit aux ménages, soit aux entreprises, le Revenu National qui en découle, étant égal au produit national, comprend donc :

 

- le Revenu des Ménages, et

- le Revenu des Entreprises,

 

ce qui nous donne une deuxième égalité macro-économique tout aussi importante que la première puisqu'elle nous indique comment est réparti le produit national :

 

Revenu des Ménages + Revenu des Entreprises = Revenu National = Produit National

 

Telle qu'elle est définie ici, cette dernière égalité n'est pas reconnue. Par suite de l'erreur de mesure mentionnée au-dessus, il n'existe pas d'égalité directe entre le PIB, le revenu national et les revenus (ménages et entreprises) sauf à recourir à des ajustements comptables qui lui retirent toute sa signification.

 

Voici un exemple de la représentation graphique des deux grandeurs macroéconomiques que sont le produit national et le revenu national et de leurs composants : 


                             

 

dans lequel la balance des échanges extérieurs est ici donnée positive.

 

Les termes de « consommation » et d’ « investissements » utilisés dans ce graphique, comme composants du produit national, représentent la production de biens de consommation, d’une part, et la production de biens d’investissement, d’autre part.

 

Etant donné que l'on traite de l'activité nationale, il ne peut être bien sûr question d'autre revenu que national. Cependant, on observera ici qu'une balance excédentaire des échanges avec l'extérieur augmente le revenu national, tandis qu'une balance déficitaire le diminue. C'est là un facteur déterminant de la vie économique dont on ne semble pas mesurer toute la portée.

 

Le produit national et ses composants d'une part, le revenu national et ses composants d'autre part, sont les grandeurs économiques de la sphère réelle. Du fait de l'importance que représentent ces grandeurs économiques dans la vie nationale, il paraît utile de les passer en revue une à une.

 

 

1.5  Les composantes macroéconomiques du produit national

 

Le produit national est donc composé :

 

-          de la consommation,

-          de l’investissement,

-          des échanges extérieurs, soit l’exportation sous déduction de l’importation.

 

la consommation

 

Ainsi qu’on l’a déjà exposé, on retiendra comme principe de base que la consommation s’applique exclusivement aux ménages et l’investissement aux entreprises. Cette règle conduit à apporter quelques modifications dans la composition actuelle (retenue par les instituts de statistiques) de ces deux grandeurs macroéconomiques que sont la consommation et l’investissement.

 

Contrairement à la règle qui veut qu'il soit regroupé avec l'investissement des entreprises, on a choisi d'incorporer le logement neuf dans la consommation des ménages. Ainsi qu'on l'a déjà dit, il s'agit d'abord de séparer les grandeurs économiques en fonction du groupe d'agents qui en est le destinataire, mais il s'agit aussi et surtout de les mettre en phase avec les différents agrégats monétaires qui concourent à leur financement. Et là comme ailleurs ceux des ménages s'opposent à ceux des entreprises.

 

On y gagne également en clarté, car lorsqu'on évoque l'investissement, il ne faut pas confondre deux masses qui ne répondent pas aux mêmes exigences économiques: l'une constitue un bien de consommation durable pour les ménages, l'autre un outil de production pour les entreprises.

 

La consommation des ménages occupe de loin la part la plus importante dans le produit national, comme il en est de la consommation finale actuelle dans le PIB. Elle varie d'un pays à l'autre en fonction du niveau du taux d'épargne des ménages du pays concerné.

 

Ainsi, le Japon qui a un taux d'épargne parmi les plus hauts enregistre une consommation finale relative plus faible qu'aux Etats-Unis qui connaît un taux d'épargne parmi les plus bas. Les statistiques montrent que sur 35 ans, la consommation finale au Japon a oscillé entre 61% et 70% du PIB, aux USA entre 79% et 85%, et en France dans la fourchette haute des pays de l'OCDE entre 72% et 80%.

 

Le taux d’épargne est un facteur déterminant dans la part relative que représente la consommation dans le Produit National.

 

Etant donné l'existence de variations aussi sensibles dans les structures économiques d'un pays à l'autre, on peut supposer que les problèmes qui se posent aux uns et les solutions qui en découlent, ne sont pas du tout ceux des autres comme on a trop souvent tendance à le croire.

 

l'investissement

 

Puisqu'on vient de citer quelques données chiffrées de la consommation (finale) sur la base des comptes tels qu'ils sont publiés, on retiendra l'investissement tel qu'il est pris en compte lui aussi par les instituts de statistiques nationaux, c'est-à-dire le logement des ménages y compris. Cela ne fausse en rien le raisonnement, seulement les ordres de grandeur.

 

L'investissement, avec ou sans le logement des ménages, constitue après la consommation la seconde part dans le produit national ou PIB, dans lequel ils représentent ensemble l'essentiel, ainsi qu'on l'a vu. On ne s'étonnera donc pas de retrouver sur l'investissement, à peu de choses près, les effets inversés de l'épargne des ménages sur la consommation.

 

L'investissement est d'autant plus fort que le niveau de l'épargne est élevé, et inversement, comme le montrent les statistiques.

 

Ainsi en 35 ans, au Japon il se situe entre 27% et 36% du PIB, tandis qu'aux Etats-Unis il varie entre 15% et 21% et en France entre 18% et 26%. Ces écarts d'un pays à l'autre sont énormes, si l'on prend en considération les deux extrêmes que sont le Japon et les Etats-Unis, soit grosso modo un écart moyen de 12% à 15% de PIB.

 

Cela signifie que les besoins en investissement qui commandent l'activité économique d'un pays sont d'autant plus grands que le taux d'épargne du pays est élevé, et qu'en conséquence l'épargne des ménages a une influence prépondérante sur le niveau de l'activité nationale, en ce sens qu'elle place la barre du niveau de l'investissement plus ou moins haut selon le pays.

 

L'économie américaine est la mieux placée dans l'arène internationale, parce que précisément disposant d'un taux d'épargne très bas, sa croissance sera d'autant plus forte que le niveau de ses investissements sera simplement élevé. Tandis que le Japon, encombré par un taux d'épargne plus fort, devra atteindre un niveau d'investissement beaucoup plus haut s'il veut développer la croissance de son économie.

 

Un taux d'épargne élevé, corollaire d'une consommation qui peut être jugée insuffisante, nécessite un besoin d'investissement élevé dans le mouvement permanent qui anime l'activité économique. Et, comme les entreprises n'investissent que si les perspectives de ventes sont bonnes, les effets d'un ralentissement de la consommation seront d'autant plus sensibles sur le niveau de la production que l'épargne sera élevée.

 

Cet aspect macro-économique et les effets de frein de l'épargne échappent totalement aux théories actuelles.

 

La fameuse égalité de l'épargne et de l'investissement, que l'on doit à Keynes, est une égalité comptable qui apparaît une fois le mouvement artificiellement stoppé. L'erreur est justement de lui donner une interprétation statique, alors que l'on a affaire à deux masses en mouvement perpétuel que tout oppose mais que rien ne peut séparer. C'est de cette opposition que naît l'allure de marche de l'activité nationale.

 

Personne n'a jamais cherché à comprendre, semble-t-il, comment l'économie pouvait passer d'une situation à une autre, d'un équilibre à un autre, cette égalité se trouvant toujours vérifiée. De plus, on en a tiré à tort la conclusion, imprégnée depuis dans tous les esprits, que l'épargne finance l'investissement. Bien malin celui qui pourrait le démontrer autrement qu'en théorie! On commet là l'erreur la plus invraisemblable et la plus lourde de conséquences qui soit.

 

Ainsi, en substance, les statistiques internationales montrent que la consommation des ménages, qui occupe la part la plus grande dans le produit national, varie d'un pays à l'autre en fonction du taux d'épargne de la population. Le Japon qui connaît un taux d'épargne parmi les plus hauts enregistre une consommation finale relative plus faible qu'aux USA qui disposent d'un taux d'épargne au rang des plus bas. Elles montrent également que l'on retrouve les effets inversés de l'épargne des ménages sur le niveau des investissements, ce qui veut dire que les besoins en investissement qui commandent l'activité d'un pays, par le biais du financement, sont d'autant plus grands que le taux d'épargne est élevé.

 

Le Japon se trouve donc handicapé, la France également dans une moindre mesure, par le niveau élevé de leur épargne, tandis que les Etats-Unis sont avantagés par leur faible niveau. Les Américains sont en outre entrepreneurs dans l'âme, ce qui les conduit à prendre des risques devant lesquels les Français, notamment, reculent. Ces risques se traduisent par des investissements de production dont le financement couvre plus facilement qu'ailleurs l'épargne des ménages, mais ils sont soumis comme les autres aux aléas de la conjoncture en l'absence de régulation monétaire et sont exposés comme eux aux effets néfastes de la concurrence née de la politique libérale dont ils sont les inventeurs. Voilà pourquoi, le Japon peine à sortir son économie du marasme qu'il traverse, tandis que les Etats-Unis s'en tirent mieux.

 

En finançant la consommation et l'investissement, par un recours plus fort à l'emprunt pour un niveau d'épargne plus faible, les Américains ont retrouvé la croissance, bien que les échanges extérieurs les pénalisent lourdement (en 17 ans « 1980-1997 », 7,5% environ de leur pouvoir d'achat se sont envolés à l'étranger).

 

Si l'on veut bien se reporter aux statistiques des dernières décennies, on s'aperçoit que d'une manière générale la croissance débute dans un pays avec un fort développement de ses investissements, se poursuit tant qu'ils sont soutenus et s'achève dès qu'ils ralentissent.

 

Le Japon a connu sa plus forte croissance quand il a déclaré la guerre commerciale au monde occidental et mis en oeuvre les moyens de sa conquête sous la forme d'investissements massifs, point de départ à la fabrication en grandes séries de produits de consommation de masse diffusés dans le monde entier. Ainsi pendant la 7ème décennie, il a connu un taux annuel de progression de l'investissement de 15,7%, ce qui est tout à fait exceptionnel, pour un taux de croissance de 10,5%. Il est resté seul très longtemps sur de grands marchés en progression constante. La forte baisse de ses investissements au début des années 90 explique largement la baisse spectaculaire de sa croissance, résultat de la saturation de ses capacités intérieures de production, aggravée par la baisse de la consommation des ménages, de la délocalisation et de l'ouverture de ses frontières.

 

La France a connu l'expansion à l'époque du protectionnisme quand elle se trouvait encore à l'abri d'une concurrence devenue aujourd'hui acharnée, sans que l'on puisse dire que le développement de son outil de production était particulièrement axé sur le commerce extérieur. C'est ainsi que, pendant la 7ème décennie, la forte hausse de ses investissements (7,8%/an) lui a procuré une croissance importante (5,6%/an), avant que progressivement ils ne s'abaissent, et la croissance avec, sous la poussée du libre-échange. Puis, une forte progression de ses investissements de 86 à 89, avant que ne survienne leur chute spectaculaire au début des années 90, s'est traduite par une hausse suivie d'une baisse tout aussi prononcée de sa croissance. Enfin, le retour de la croissance de la fin du siècle dernier s'explique par un recours très fort à l'emprunt.

 

Quant aux Etats-Unis, il y a bien une trentaine d'années qu'ils n'avaient pas bénéficié d'un développement aussi fort et durable de leurs investissements que depuis 1992, ce qui explique bien leur croissance actuelle. Ils doivent l'essor de leur économie en bonne partie, au déploiement considérable des équipements destinés à la distribution massive de produits dans les secteurs de l'informatique et des communications.

 

 

les échanges extérieurs

 

Il nous reste à examiner la balance commerciale des échanges extérieurs, c'est-à-dire l'exportation qui est une part souvent conséquente de la production d'un pays et l'importation qui vient la diminuer. Comme cela a déjà été souligné, l'importation devrait venir en diminution de tous les autres composants du produit national, ou du PIB, pour la bonne raison que les produits importés sont en principe incorporés dans les produits non seulement destinés à la consommation, mais aussi à l'investissement et à l'exportation et que leurs coûts y sont compris.

 

Ces deux groupes d'échanges de sens contraires se font avec un seul partenaire: l'étranger. Ils donnent lieu à des courants ou flux monétaires avec le reste du monde, dont le solde représente la balance commerciale.

 

La part qu'occupe la balance des échanges extérieurs dans le produit national, ou dans le PIB, peut être positive ou négative, selon que le solde est excédentaire ou déficitaire. En plus de 35 ans, à titre d'exemple, les soldes des balances commerciales des pays de l'OCDE n'ont guère dépassé 2,5% du PIB, en plus ou en moins évidemment, ce qui en définitive est peu et ne saurait en aucun cas constituer un élément sur lequel s'appuyer pour développer la croissance de toute activité nationale ainsi que tout le monde le croit.

 

Par contre, depuis 1960 l'ouverture des frontières au commerce extérieur s'est traduite dans tous les pays de l'OCDE sans exception par une hausse considérable, du simple au double voire au triple, des parts respectives tant de leurs exportations que de leurs importations dans le PIB. Curieusement, cette hausse s'est accompagnée en règle générale d'une baisse de leur croissance, que les excédents commerciaux, quand il en existait, n'ont pas réussi à freiner.

 

Mais, il est clair que la part de plus en plus grande des exportations et des importations dans le PIB, directement liée à la politique du libre-échange, fragilise les économies nationales par leur dépendance croissante vis-à-vis de l'extérieur.

 

On vient de voir que le libre échange et la mondialisation qui en est l'aboutissement, n'ont aucun effet positif durable sur la croissance économique d'un pays, quand il n'est pas négatif, puisque les statistiques en situent en moyenne les incidences autour de 2 à 3% en plus ou en moins. Il est évident que de passer d'une activité dans laquelle les échanges extérieurs représentent un solde négatif de 2% à une activité dans laquelle ils représentent un solde positif de 2%, correspond à une forte contribution extérieure à la croissance, mais l'inverse est aussi vrai qu'éventuel.

 

On se reportera utilement à la "Mondialisation des échanges et croissance nationale", qui expose le phénomène dont la validité peut se vérifier par la théorie suivante, rappelée ci-dessous.

 

En matière d'échanges internationaux, il existe une règle fondamentale qui peut s'exprimer comme suit:

 

Quand il y a un exportateur dans un pays, il y a un importateur dans un autre pays, et comme la valeur de l'échange est la même pour les deux parties, on peut avancer qu'à l'échelle de la planète, les exportations sont égales par définition aux importations.

 

De cette règle, découle une autre égalité, c'est qu'à la somme des balances bénéficiaires d'un ensemble de pays correspond par symétrie la somme des balances déficitaires de l'ensemble des autres pays. La croissance dont bénéficient certains pays du fait d'excédents commerciaux extérieurs a pour contrepartie symétrique des pertes de croissance résultant des déficits commerciaux pour les autres pays, ce qui veut dire en clair que la croissanc